Editorial mai 2016

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Pour un nouveau printemps des églises et des cathédrales

Victor Hugo : « Le genre humain n’a rien crée et pensé d’important qu’il ne l’ait écrit dans la pierre »

Autour de l’an mille et pendant deux siècles, après des temps obscurs, l’Europe et tout particulièrement la France se sont recouvertes d’un blanc manteau de chapelles, églises et autres cathédrales. L’occident s’en est trouvé renaître, alliant évolution architecturale et renouveau spirituel.

L’état de délitement de nos sociétés se mesure aujourd’hui dans le délabrement de notre patrimoine religieux. Crise de la vocation religieuse alliée à une très forte baisse de la fréquentation des églises se conjuguent à des finances publiques en berne au niveau de l’Etat comme des collectivités territoriales. La conséquence est la réduction drastique des programmes de rénovation et de réhabilitation de notre patrimoine religieux, désaffectation, démolition, réaffectation des lieux se succédant à un rythme soutenu quand les édifices ne sont pas tout simplement laissés  à l’abandon.

Face  à cette crise identitaire sans précédent, notre société ne trouve de parades que dans un culte figé de la mémoire (le musée) et l’économie du tourisme. Les causes motrices et finales des lieux du sacré  passent de la ferveur religieuse et de l’administration du culte à la culture de masse et au culte des vieilles pierres.

La rétraction identitaire a pour conséquence paradoxale d’aggraver encore l’isolement de notre patrimoine religieux déjà  chassés de l’espace public par la séparation stricte entre public et privé imposée par un laïcisme radical. Le repli sur la sphère privé a comme ultime conséquence un patrimoine à la dérive, ou les quelques fleurons d’une rénovation réussie cachent de plus en plus mal un ensemble qui menace ruine. En perdant sa vocation d’être au centre (du village comme de la société) pour se complaire aux frontières et à la marge, l’Eglise n’a plus aujourd’hui la certitude d’avoir encore demain une raison d’être.

Pour inverser cette tendance que tout esprit scientiste juge inéluctable, il faut que l’Eglise retrouve sa place au cœur du projet social. Sa doctrine sociale devrait l’y inciter fortement. Les lieux de culte doivent redevenir des zones de forte activité dont seul le cœur sacré est protégé, en raison même de son architecture, des influences néfastes. Au delà, pas de coupure ni de sanctuaire mais au contraire une ouverture vers la réalité sociale environnante. La revalorisation du foncier des églises pourraient permettre la construction de logement dont une partie importante pourrait être affectée à l’entraide en particulier entre les générations. Il faut construire autour des Eglises comme au temps des Béguinages et maintenant même au dessus grâce aux prouesses technologiques en matière d’architecture. Que la science se mette au service du patrimoine religieux, de sa conservation et de son développement. Un renouveau des églises qui empruntant à la ruse de la raison, ferait de  ce XXIème siècle celui du retour du religieux allié à ce que la science  a de mieux à nous offrir en matière d’inventivité et d’innovation. Alors, comme il le fit toujours depuis ses origines, l’Occident renaîtra pour entamer un nouveau cycle de création et de développement.

Nicolas Stoquer

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